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19 juin 2009

Nettoyage ethnique de l'Europe? À Copenhague, M. Wilders appelle à la déportation de millions de musulmans!

M. Geert Wilders, élu à la chambre des députés (assemblée nationale) des Pays-Bas, s'est exprimé, le 14 juin dernier, à la télévision danoise. Il s'est montré en faveur d'une nettoyage ethnique des musulmans en Europe. En outre, il a déclaré lors d'une conférence du parti xénophobe danois animé par Madame Pia Kjergaard, qu'il favorise deux États au Moyen-Orient, l'un israélien et l'autre palestinien, pourvu que le premier s'étende sur la Samarie et la Judée (donc tout le "Westbank") et que le dernier s'appelle "Jordanie". Une position que même l'actuel ministre israélien des Affaires Étrangères, Avigdor Lieberman, n'oserait pas exprimer. Wilders prévoit donc aussi une nettoyage ethnique des 4,5 millions de Palestiniens citoyens d'Israël ou habitants des "territoires" à l'Est de Jérusalem. Il n'a pas mentionné les 10 à 20% de Chrétiens arabes palestieniens d'entre eux. Wilders, qui a quitté l'Église catholique en 1999, pense-t-il que la supériorité de la culture judéo-chrétienne ne soit pas valable pour l'État juif et que les arabes ne soient pas capables d'être des bons chrétiens?

M. Wilders est l'objet de poursuites judiciaires pour "haatzaaien" (semer de la haine) de la part de la Cour de Justice de l'Arrondissement d'Amsterdam. En mars, le Gouvernement brittanique lui a interdit l'entrée au pays, invoquant le danger qu'il représente à l'ordre publique. Même les néoconservateurs américains l'ont considéré trop extrémiste (voir plus loin) pour être admis dans leur réseau.

Malheureusement, le phénomène Wilders ne relève plus de la folklore. Son "parti" a gagné 9 sièges (sur 150) aux élections nationales de 2005. Début juin, le parti "anti-européen" a obtenu 5 des 25 sièges hollandais au parlement européen en affichant sa volonté à ne pas participer aux débats du PE, ni envisageant à s'associer à un des groupements eurosceptiques du PE. Une entrave considérable à la défense des intérêts considérables qui sont en cause pour les Pays-Bas au niveau de l'UE.

Comment est-il possible qu'un homme ayant des opinions tellement différentes de la tradition tolérante de son pays, puisse sévir nationalement et internationalement de la sorte? Une des raisons en est, qu'il a pris son pays en ôtage après et à cause de la protection officielle qu'il a reçue après le meurtre du cinéaste Van Gogh, en novembre 2004, par un fou fanatique islamiste. Caché derriere le mur de ses agents de sécurité, il ajoute provocation sur provocation à l'adresse des Musulmans en se faisant prévaloir de son "droit à l'expression libre". Les dépenses pour sa protection s'éternalisent au détriment des contribuants néerlandais.

Dans plusieurs postes sur nos blogs en néerlandais, je me suis déjà exprimé sur ce phénomène.

  • Le financement et la structure du parti de M. Wilders, le PVV: le "parti" n'a pas de membres, il est géré par une fondation dont M. Geert Wilders est l'unique gérant. À part des allocations officielles de l'État, M. Wilders et son "parti" profitent de dons anomymes, aussi bien de sympathisants néerlandais que d'étrangers, notamment américains et israéliens. - Le Gouvernement néerlandais devrait interdire, comme c'est le cas dans la plupart des États membres de l'UE, la participation aux élections d'organismes non-démocratiques et imposer la transparence quant aux contributions de tiers aux partis politiques.
  • Le débat politique: La majorité de l'assemblée des députés (la "Tweede Kamer" à La Haye) devrait se distancier beaucoup plus clairement des positions racistes de M. Wilders et de sa mouvance. Il n'y a que les verts (Groen Links) et le parti libéral de gauche (D'66), petits partis non-gouvernementaux, qui se délimitent des propos populistes du PVV et qui osent attaquer M. Wilders en public. Les Chrétiens-Démocrates et les Social-Démocrates qui règnent en coalition depuis 2006, s'esquivent. Les derniers ont fait savoir qu'ils ne se coaliseraient jamais avec Wilders, mais ont aussi imposé aux élus, à ne pas entrer en discussion avec Wilders et ses copains. Les premiers - c'est encore pire: pas d'exclusion de coalition avec Wilders et éviter chaque confrontation. Cela nous rappelle les tactiques de l'actuel premier ministre, Balkenende, à l'époque de Pim Fortuyn en 2002: en cachette, Fortuyn et Balkenende avaient convenu un pacte de "non-agression" en espérant que les socialistes seraient vaincus et qu'ils pourraient construire ensemble un gouvernement de droite. Ce qui est arrivé, après le meurtre de Fortuyn, mais ce qui a échoué bientôt à cause des querelles entre les "successeurs" du prophète anti-islamique. - L'assemblée des élus ne remplit pas sa fonction. Il faut qu'un débat s'installe. Heureusement, il semble que le consigne du leader du parti social-démocrate, Wouter Bos, à "ne pas se perdre en discussions sur la tolérance", est caduque depuis la défaite cuisante des socialistes aux élections européennes du début juin. Le ministre socialiste de "l'intégration" des immigrés, M. Eberhard van der Laan, a invité deux fois M. Geert Wilders à un débat, ces derniers jours, en l'accusant d'ignorance. Wilders n'a pas encore accepté, mais il a condamné les "Sharia-socialistes" en communiqué de presse.
  • Ce qui se fait difficilement sur les plateformes de la politique, la discussion publique, elle doit être entamée sans délai. Briser l'illusion des solutions faciles, briser l'illusion qu'on puisse retourner à une Hollande de l'ère XVII. Les immigrés sont parmi nous. Ils y restent. Une deuxième et une troisième génération se porte bien. Aucun danger qu'ils voudraient introduire la "Sharia" chez nous. Aucun danger, qu'ils préconisent "le Caliphate". Wilders est un fou furieux. L'Europe, qu'il rejette, existe. - Dans sa propre province du Limbourg hollandais - est-ce qu'on aimerait se détacher de l'Interrégio Limbourg NL - idem BE - Liège BE et Aix-La-Chapelle DE? Cette coopération est un grand succès, grâce aussi aux subventions européennes. Elle a sauvé des milliers d'emplois et elle a permis le développement de toute une série d'initiatives industrielles, scientifiques (4 universités) dans un conglomérat de régions en détresse à cause des clôtures des mines de charbon, etc.
  • Les interprétations de "la culture supérieure judéo-chrétienne" que M. Wilders invoque, sont mensongères et sans aucun fondement. Il n'y a pas assez de personnes qui osent dire que l'empereur est tout nu. - On va changer cela. Les "Gutmenschen", les "sharia-socialistes", ils ont des dents. Moi, de toute façon, je vais me moquer systématiquement de toutes les énormités que M. Wilders proclame. Vous le verrez tout de suite!

Cette semaine-ci nous nous occupons d'abord de l'interview de la télé danoise du 14 juin avec Wilders. En voici l'extrait principal:

En résumant:

Il y a trop de gens d'origine musulmane en Europe. Bientôt il y en aura encore davantage, car ils se multiplient plus vite que les autres. Musulmans (y compris leurs enfants nés en Europe) ont été inoculés , dès leur naissance, d'une idéologie criminelle (l'Islam). C'est pourquoi ils ne soient pas "intégrables", même s'ils respectent les lois et les coutumes traditionnelles de nos pays. Ils représentent une destruction permanente de notre culture et de nos valeurs. C'est pourquoi il y en y tellement de criminels parmi eux.

Ces derniers devraient être déportés vers leurs pays d'origine (ou celui de leurs parents). S'ils ont une double nationalité, la nationalité européenne leur sera enlevée. Mais ce n'est pas assez: Chaque musulman qui s'occupe dans ses pensées de la Sharia, du Jihad, ou du Caliphate, sera déporté également.

Bien sûr il dit et il répète qu'il n'a aucun préjugé contre la personne des musulmans en général (pour éviter l'interdiction constitutionnele de la discrimination selon la religion). Mais il répète aussi que tous les musulmans (ou plutôt toutes les personnes d'origine de pays musulmans) participent à un projet criminel qui vise à "dominer notre culture et de la changer fondamentalement". La déportation des petits criminels n'est donc qu'un préliminaire à un nettoyage ethnique de l'Europe au moyen d'un marquage ethno-religieux.

Comme chaque nettoyeur ethnique avisé, M. Wilders a développé une tactique "salami". Commencer avec une sous-catégorie de la population visée, dont quasi tout le monde reconnait qu'il faut intervenir. Mais le hic réside dans le fait que Wilders propose à supprimer l'égalité devant la Loi. Une certaine catégorie (et leurs familles!) devra être puni plus fort que les autres. Ce qui ouvrirait la voie à traiter les autres membres de des groupes visés de la même façon. Il préconise déjà un délit d'opinion à punir avec la déportation: "penser (rien que PENSER!) à la Sharia", etc.

Remarquez: il ne s'agit plus de la liberté à exprimer une opinion, même si elle est offensante, dont M. Wilders est un si grand défenseur lorsqu'il s'agit de caricatures danoises de Mahomet, mais même la seule pensée est punissable! Comparez la "thought-police" de George Orwell dans son livre 1984.

Puisqu'il est impossible de savoir ce que quelqu'un pense et que la réflexion sur la Sharia, le jihad et le Caliphate est uniquement interdite aux gens d'origine "musulmane", la logique suivante s'impose: Tous ceux qui sont d'origine musulmane, sont suspects. Il suffit d'avoir un grand-parent d'origine moyen-orientale, pour qu'on vous interne dans un camp de concentration en attendant la déportation!

Je suis convaicu, qu'une large majorité des votants pour le "parti" de Wilders, ne le prend pas au sérieux. Il y a une catégorie de gens qui aiment bien les provocateurs qui osent dire des choses qu'eux-mêmes n'osent que penser. ou exprimer en jasant. Une enquête parmi les votants pour Wilders du 4 juin le prouve: Ils ne sont pas trop inquiétés par la soi-disante "islamisation". Ils ont marre de la langue de bois des politiciens de service.

Mais ce qui se passe ici, n'est plus un jeu d'enfant. Prenons un exemple récent. Autour de l'année 1990, un poète serbe de Bosnie publiait et déclamait ses vers plein de haine contre les Bosniaques non-serbes. On ne le prenait pas au sérieux. Trois, quatre, cinq ans plus tard, ce Radovan Karadzic, car c'est de lui que je parle, appliquait les politiques de génocide qu'il avait annoncées. Il est jugé, en ce moment par la Cour Internationale des Nations-Unies sur les crimes de guerre en Yougoslavie à La Haye. Son intention criminelle ne peut être prouvée qu'à l'aide d'une analyse de ses dires d'avant la guerre.

Mais le sens de ces procès-là n'est pas seulement la punition des criminels de guerre après coup. Les procédures délimitent aussi ce qui est dorénavant tolérable et ce qui est non-tolérable, voire criminel, dans les appèls à la haine et à la discrimination, l'élimination, de catégories entières de l'humanité. Même si ces appèls et ces agitations soient formellement pas considérés comme illégaux à la lumière de la liberté d'expression garantie par les lois.

Depuis les appèls à la déportation collective dans les pays d'Europe, promulgués dans tous les coins du monde: Israel, États-Unis, Danemark (nous y reviendrons), il est nécessaire que non seulement la Cour de Justice d'Amsterdam s'occupe de lui, mais qu'il soit cité devant la nouvelle Cour Internationale Pénale de La Haye. Aux côtés du poète/psychologue/guru Karadzic.

Mais qui osera en prendre l'initiative?

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Versions antérieures de cet article:

  • NL, repris par Medium4You (15.6)
  • EN, republié sur Euractiv (At Home in Europe) et repris par Agoravox (16.6)
  • DE, repris sur Facebook et sur plusieurs plateformes allemands (16.6, 17.6)
Publication originale: HUIBSLOG

04 juillet 2007

Qui veut détruire le Liban?

Il y a un an, la guerre de 30 jours d'Israel contre le Liban touchait à sa fin.
La reconstruction progresse. Mais il y a paralysie, stagnation, dans le monde politique du pays.
Toutefois, le "miracle" d'une cohésion durable entre les 18 grandes et petites communautés ethniques et religieuses, se maintient, malgré la discussion irrésolue sur la recomposition du gouvernement, malgré les manoeuvres subversives et divisives venant de l'extérieur.

L'Europe a beaucoup à perdre si le Liban s'effondre
La cohésion fragile du pays représente, en principe, l'alternative démocratique au Moyen-Orient, tant souhaitée par l'Occident. Sincèrement par l'Union Européenne, qui est si proche et si semblable de composition. Moins sincèrement par les États-Unis de Bush, qui préfèreraient un Liban tête de pont contre la Syrie.
Malheureusement, la sincérité de l'UE ne se traduit que faiblement. Par rapport aux intérêts majeurs de l'Europe à protéger et à stimuler le processus démocratique au pays, son engagement reste insuffisant.
La publication d'un livre plein d'analyses et d'informations par la présidente de la commission du Parlement Européen, en avril de cette année, pourrait provoquer des changements positifs en France et en Europe.
<- Béatrice Patrie (PSE)


Citation du journal "La Croix", empruntée au site web (PSE) de Béatrice Patrie (12.04.2007):

Béatrice Patrie, ancienne présidente du Syndicat de la magistrature et actuelle dépu­tée européenne, et Emmanuel Español, historien et spécialiste du Proche-Orient au Parlement européen, partagent la même indignation pour cette guerre de juillet. Ils l'ont disséquée d'un point de vue factuel et politique dans Qui veut détruire le Liban ? , afin qu'il n'y ait aucun doute sur les causes et les responsabilités des uns et des autres.

Ils dénoncent une « guerre préméditée » et cet acharnement à détruire le Liban «au moment où il avait gagné trois batailles :
  • celle de la souveraineté, avec le départ des Syriens,
  • celle de l'organisation d'élections aboutissant à l'alternance politique
  • et enfin le décollage éco­nomique.
Tout cela a été détruit de façon systématique le 12 juillet. » Et de poser cette question : « Ce pays multiconfessionnel, démocratique, souverain, peuplé de 18 communau­tés, est-il supportable pour Israël? »
Ils pointent aussi le manque de volonté politique de l'Union européenne et les clivages qui di­visent ses membres dès qu'il s'agit du Proche-Orient. Et n'éludent pas pour autant les failles du système libanais : « Tant que perdureront les déséquilibres territoriaux et sociaux, tant qu'il n'y aura pas d'État pour assurer un minimum à ses citoyens, le repli communautaire s'accen­tuera. »
Leur analyse bouscule pas mal d'idées reçues, notam­ment sur le Hezbollah, trop souvent considéré seulement comme une organisation terroriste, alors qu'il est une « véritable expression politique et sociale de plus de 30 % de la population libanaise » , ou sur l'accord entre ce « parti de Dieu » et le courant du général chrétien Michel Aoun, signé en février 2006. Alors que, le 12 juillet, il y aura un an que la guerre a éclaté, ce livre pose les défis d'aujourd'hui.


AGNÈS ROTIVEL
Trouver un signalement du livre sur huibslog.

06 avril 2007

Bouclier anti-missile américain en Europe?

Il est troué, il déplace les dégâts vers les pays hôtes, il risque de provoquer une nouvelle course aux armements nucléaires et il néglige l'effet des frappes de réponse: le bouclier anti-missile "global" américain qui veut s'insérer en Europe, cherchant ses ouvertures chez les anciens états-clients de l'URSS qui se sont convertis en clients américains depuis 1989.

À l'hebdomadaire allemand 'Der Spiegel' l'honneur d'avoir enfin recherché les opinions des experts sur les projets des ÉÉUU à établir une poste de radar sophistiquée en Tchéquie et une base de missiles-anti-missiles en Pologne. (Site-Web du Spiegel, le 3.4.07).

L'Europe, vue de l'espace, montrant les zones de pollution de l'air, qui coincident avec la densité de la population et des installations industrielles. Zone parmi les plus vulnérable de la terre, fort urbanisée, qui devrait subir les risques des missiles détournées par les nouvelles installations américaines, projetées en pologne et en Tchéquie.

Le bilan est alarmant. L'excuse de circonstance américaine (le danger que l'Iran représenterait), tombe complètement à l'eau sous le scrutin des experts consultés, des hommes qui ne sont point connus pour avoir des préjugés anti-américains.

La logique de la guerre froide était basée sur la "MAD", la Mutual Assured Destruction, c'est à dire: la Destruction Mutuelle Garantie. Le Bouclier crée la situation (ou, ce qui est encore pire: l'illusion) d'une destruction unilatérale assurée. Les pouvoirs nucléaires existants seraient privés de (ou insécurisés quant à) leur capacité de réponse à une attaque nucléaire. Ils vont développer des anti-systèmes, augmenter leurs arsenaux nucléaires de réponse et/ou concevoir des moyens de transport alternatifs, par exemple en cachant leurs armes dans des navires commerciaux, afin de s'assurer les moyens de répondre à une attaque. Conséquences: prolifération accélérée, davantage d'insécurité et amalgame avec les mouvements terroristes.

La victime d'une éventuelle implantation d'éléments du nouveau "bouclier" en Europe, est ... l'Europe. Si le bouclier fonctionne, des charges nucléaires iraniennes, pakistanaises, israeliennes ou françaises, risquent d'être interceptées dans l'air européen et d'exploser au-dessus de nos villes, même si elles n'y étaient pas destinées. Des Hiroshima (bombe nucléaire explosée à 600 M. d'altitude) surgiraient. Des attaques préventives contre les sites du 'bouclier' en Pologne et en Tchéquie amèneraient la guerre nucléaire au coeur de l'Europe. Et quoi sur la marge? Tout le monde est d'accord, que la Turquie, la Bulgarie, la Grèce et la Roumanie sont impossibles à protéger à cause de leur proximité du Moyen-Orient.

La situation ressemble un peu à celle des années quatre-vingt, lorsque le président Reagan voulut installer ses fusées à moyenne distance en Europe. C'est vrai: La Russie actuelle n'est plus la même que l'Union Soviétique. Mais la Russie regagne peu à peu sa position de grand pouvoir et, sans réagir, elle ne laissera pas s'approcher de si près une force de frappe nucléaire de ses frontières.

Le principal moyen d'éviter une échange de frappes nucléaires reste, paradoxalement, mais logiquement, le maintien des capacités de réponse. On peut supposer que les capacités de réponse anglaise et française soient suffisantes à éviter à ces deux pays d'éventuelles attaques nucléaires sur leur sol. Les pays les plus menacés sont donc l'Allemagne et les petits pays non-nucléaires membres de l'UE.

L'alternative européenne
Une alternative qui n'inquiéterait pas de la même façon la Russie et d'autres pays possédant l'arme nucléaire, serait l'extension du parapluie nucléaire français et anglais aux autres pays de l'UE. Sous condition, qu'ils ne provoquent pas les pouvoirs nucléaires non-UE. Celle-là serait la réponse la plus efficace à l'initiative américaine en question. La réponse aussi, qui est la plus redoutée par les cercles ultra-nationalistes américains, car elle leur priverait d'un atout qui s'appelle la 'coalition of the willing' dans le cadre de leurs aventures qui devraient constituer le 'siècle américain'.

Imposer aux pays récemment émancipés de leur état de client (russe ou américain), la prudence qui doit aller de pair avec la position de co-propriétaire d'armes nucléaires, ne sera pas facile. La séduction, savamment entretenue par l'administration américaine, de l'opportunité à marcher dans l'ombre du géant américain dans le monde entier, a malheureusement survécu les déceptions irakiennes des Polonais et d'autres Géorgiens.

Mais il est urgent, je le pense, que l'ancienne proposition française visant l'extension de son parapluie nucléaire à d'autres pays européens, soit réitérée. La menace d'une réponse fatale constitue encore toujours le meilleur moyen à décourager les pays à capacité nucléaire à utiliser leur arme. Dans la perspective historique de pays comme la Tchéquie (abandonnée en 1938 à Munich par la France et par l'Angleterre) et de la Pologne (partagée plusieurs fois entre l'Autriche-Hongrie, la Prusse et la Russie), une garantie nucléaire européenne va rencontrer pas mal de cynisme, compréhensible. Mais c'est faisable. La France devrait être prête à partager ses capacités nucléaires avec l'Europe, l'UE. Ce qui n'est pas évident non plus.

À ce sujet, nous ne connaissons pas les positions des candidat(e)s à la présidence française. Il serait intéressant de les savoir.

Plus en détail: Voir l'article du Spiegel (en Allemand, naturellement) et sa traduction en Anglais dans l'édition internationale de cet hebdomadaire.

25 février 2007

La bombe iranienne: Et si M. Chirac avait raison?

L'Iran est entouré de pouvoirs nucléaires: La Russie, la Turquie (moyennant des garanties de l'OTAN et celles qui ont été convenues après la crise des fusées soviétiques au Cuba en 1961), Israel, l'Arabie Séoudite (qui est, selon toute probabilité, co-propriétaire de la bombe pakistanaise) et Pakistan. Et, pour couronner tout cela, la flotte de guerre américaine dans le Golfe dispose également d'armes nucléaires.

Comme le président Chirac a déclaré, il y a quelques semaines, dans une interview avec la presse américaine et brittanique, un nombre limité d'armes nucléaires iraniennes n'aurait pas pour effet que le danger de guerre au Moyen-Orient (limitrophe de l'Europe) augmente, mais, au contraire, qu'il soit diminué.
Cela semble paradoxal. Mais un article dans le blog très sérieux et recommendable 'A Fistful Of Euros' [EN] est venu expliquer le raisonnement tout à fait valable qu'on peut supposer derrière cette position étonnante et fort déroutante du président français. J'ai enchaîné mes réflexions dans: At Home in Europe: Week 5: Chirac on Iran, etc.
La circonstance, que M. Chirac ait fait 'amende honorable' le lendemain, ne change rien: C'est plutôt une confirmation - en tant que petit pouvoir nucléaire, la France ne peut pas se permettre de diverger par trop de la position de la communauté internationale, même si elle ne soit pas d'accord avec elle, justement parce que la France n'est pas un pays quelconque, mais un pouvoir (mineur) nucléaire avec les responsabilités et les dangers que cela comporte.

Et c'est à cela que Chirac faisait allusion: Un Iran possédant la bombe nucléaire et les moyens de la délivrer, se trouverait dans une position de responsabilité accrue: l'emploi de son arme entraînerait inévitablement une contre-attaque nucléaire de la part d'un ou de plusieurs de ses voisins ou presque-voisins qui en ont la capacité. Il s'établirait un équilibre de la 'terreur nucléaire mutuelle', situation que nous connaissons de l'époque de la guerre froide. Et qui, paradoxalement, a garanti une situation d'absence de guerre mondiale (malgré les conflits régionaux et meurtrières de guerre classique qu'a connus cette époque: Algérie, Vietnam, Irak-Iran, etc.).

Ce n'est pas la situation que je préfère, bien sûr. À mon avis, l'on aurait dû utiliser la brève période ('window of opportunity') juste après la disparition de l'Union Soviétique, à réaliser le désarmement nucléaire prévu dans une série d'accords entre l'Union Soviétique et les Etats-Unis, entérinée par les Nations-Unies, à imposer ce désarmement à tous les pouvoirs nucléaires existants, comme l'on l'a fait alors avec l'Afrique du Sud, armée nucléairement par Israel au temps de l'Apartheid.

Mais il n'a pas été ainsi. L'accession de l'Inde et du Pakistan au statut de pouvoir nucléaire a été accepté. Ce dernier est d'ailleurs un exemple de la proposition chiraquienne: le nouvel équilibre de garantie mutuelle de destruction entre les deux pays séparés par une profonde haine historique, a entraîné une notable détente entre eux, et même la reprise de relations économiques, culturelles et stratégiques (pipeline de gaz et de pétrole de l'Iran à l'Inde, passant par le Pakistan).

À mon avis, étant donné la perdurance de la tolérance envers Israel quant à ses capacités nucléaires, depuis lors, il est devenu quasi impossible d'endiguer la prolifération des armes nucléaires dans le monde. Il a fallu s'habituer à un complexe d'équilibres nucléaires à différents niveaux. Et il semble, que ces équilibres fonctionnent à peu près de la même façon que l'ancien 'grand' équilibre dual de l'époque de la guerre froide. C'est à dire: qu'ils responsabilisent, qu'ils rassurent et qu'ils permettent des progrès dans la détente.

Touchons également un peu aux aspects de géopolitique mondiale. Finalement, il semble que les USA aient compris qu'une Corée du Nord nucléaire soit préférable à un pays isolé, faible et invitant, sui generis, la convoitise de ses voisins. La bombe nord-coréenne aide à stabiliser la région et elle aura pour effet de frustrer notamment les ambitions chinoises (et japonaises). C'est ainsi que j'interprète la percée inattendue et récente dans les négociations USA/Corée-du-Nord. Probablement, les Américains ont enfin compris, qu'ils étaient en train de s'engager dans un 'sale boulot' dans l'intérêt de la Chine et de la Russie, enfin, beaucoup plus dans l'intérêt des ces derniers que dans le leur. Les remarques de Cheney, relativisant le pré-accord intervenu, ne sont, en toute évidence, que les reflets de sa déception et de son isolement accru dans le cadre de l'administration américaine.

Par rapport à l'Iran, j'ai maintenant un bon conseil à transmettre aux USA:

Un Iran nucléaire serait nettement plus responsable, moins frustré, qu'un pays fier, incontournable, mais non-nucléaire, menacé par des frappes israéliennes. Des conditions de paix négociées pourraient renforcer cet effet-là. En plus, les ambitions russes dans le Caucase et dans l'Asie centrale, seraient davantage frustrées. La répression de la population chiite de l'Afghanistan, oeuvre des Taliban appuyés (ou tolérés) en cachette par le Pakistan et qui est source de beaucoup d'instabilité, deviendrait moins lourde. D'ailleurs, l'infiltration des Taliban, impossible à stopper, même avec les double des troupes de l'OTAN engagées en ce moment en Afghanistan, diminuerait.

La seule victime que je vois émerger d'une telle tolérance de la bombe iranienne, serait ... l'IRAK. Ce pays, vainqueur virtuel il ya pas 20 ans dans une guerre 'classique' contre son ennemi séculaire perse, serait intolérablement affaibli par rapport à lui.

La seule manière à surmonter ce nouveau déséquilibre dangereux, serait le développement d'une capacité limitée nucléaire irakienne. Ce serait un beau cadeau d'adieu des Américains au pays occupé par eux avec les motifs qu'on connaît!

Mais, bien que l'ironie de l'Histoire récèle probablement des retours plus fantastiques que celle-ci, je me décide à m'arrêter à ce point.

(Le texte précédent est une version élaborée de mon commentaire sur un Blogpost de BigBerta sur l'Iran nucléaire [DE] du 25 février 2007.)

13 février 2007

Le Liban: Unité fragile, mais qui tient

Les revenants de la guerre civile, les Geagea, les Aoun, les Jumblatt, les Berri, les Gemayel - ou leurs fils et leurs petit-fils (peu de filles) - ils sont tous là.
Encore. Ou à nouveau.
Mais il semble qu'il y a une seule grande leçon que tous ont apprise: Unité.
Il est significatif que les ouailles shiites de l'Hizbollah, dans leur lutte pour une reconstruction du gouvernement libanais en leur faveur, ne sont pas allés plus loin qu'une grève générale - moyen de lutte démocratique et pacifique. Remarquable, pour un mouvement qui sait utiliser ses armes de guerre.

Pourtant...
Pourtant, il y en a eu pas mal de non-libanais (et non plus les moindres) qui comptaient avec une reprise de la lutte interne libanaise: les Américains, les Français, les Israeliens...
Mais malgré tout, malgré le meurtre de l'ex-président Hariri, malgré les provocations israéliennes ciblées à inciter des réprésailles contre le Hizbollah, malgré les promesses françaises et américaines - même sous le siège des Hizbollahs, la minorité maronite qui domine encore toujours le pays et qui est propriétaire de la présidence et de la fonction du prmier ministre, n'a pas vraiment fléchi.

Indépendance...
Siniora, à son honneur, a refusé de recevoir la ministre Rice à Beirouth sous les bombes israéliennes. Il a refusé avec éclat les négotiations de paix proposées par Israel en septembre et le Liban s'est tourné vers la Cour Internationale des Nations Unies de La Haye pour exiger des réparations israéliennes des dégâts des actions démesurées de juillet-août. L'intervention de l'armée libanaise, exigée par la communauté internationale, dont certains espéraient in petto le déclenchement d'une guerre interne avec l'Hizbollah, n'a pas du tout eu cet effet-là. Les soldats (majoritairement non-shiites) sont reçus dignement par la population et, de leur côté, ils s'abstiennent complètement d'actes de vengeance ou d'affaiblissement contre le Hizbollah.

Des conditions divisives...
En attendant, les centaines de millions d'euros d'aide promises au Liban à Paris, le mois dernier, ne seront pas très promptes à arriver à destination. Il est à craindre, que les Etats créditeurs poseront des conditions politiques, divisives, à leurs versements. Là aussi, les Libanais sauront répondre effectivement: L'alternative existante des versements iraniens et, si la mission de Moussa se solde par une réussite, des pays riches arabes les fera reculer devant une contrainte trop poussée...
[Titre de l'Independent londonien: "La relation avec les USA c'est ce qui nous ouvre toutes les portes partout" - citation du PM Tony Blair. Réfutée par l'expérience libanaise. Voir, à la place de cette image, l'image gagnante de World Press International, la photo de Spencer Platt, Getty Images, USA, gagnante du Prix WPP 2006, ici. L'image étant interdite de réproduction, nous vous reléguons au site de WPI.]

Pour moi, le maintien d'une unité de base entre libanais, malgré leurs divisions culturelles, politiques, sociales et religieuses profondes, relève d'une conscience populaire mûre et sage. Une conscience qui semble être partagée par tous: Les anciens chefs de clan et de milice aussi bien que les pauvres illettrés de Sud. C'est une merveille, pleine d'espoir. Les intrigues internationales ne dominent donc pas le destin des peuples. Finalement, je veux dire.

Des touristes de désastre bien particuliers...
Symbole de cette incroyable unité entre gens aussi différents, c'est pour moi la photo des BCBG typiquement beirouthiens, dans leur décapotable, faisant le tour des quartiers shiites sinistrés du Sud de la ville, après l'armistice du mi-août. Mouchoir protège les nez, les yeux horrifiés, les ruines fumantes et puantes autour. Et non, les habitants des taudis ne les ont pas chassés, malgré leur richesse quasi indécente. Et non, les jeunes riches n'ont pas senti aucune satisfaction en voyant le sort de leurs voisins pauvres.

L'Europe...
C'est une bonne surprise. L'Europe ferait une bonne chose, si elle se reconnaîtrait dans cette unité dans la diversité-là et si elle agissait en fonction d'une telle reconnaissance. Ce sera un exemple pour les Serbes et les Kosovars, pour les Turcs et les Kurdes, pour les Castillans et les Basques. L'Europe, ayant tellement d'intérêt à maintenir la paix et la prospérité à ses portes de l'Est, elle devrait adopter le Liban, lui donner un statut de préférence, et en finir avec les ingérences nostalgiques et short-sighted (à traduire) françaises. Il y a lieu pour une geste ample, indépendante et généreuse de l'Europe entière, unie, vers cet extraordinaire pays du Liban.

30 juillet 2006

Perdu dans les hypes-GAZA

Perdu dans les hypes – GAZA
Les souffrances de Gaza ont été inondées par les développements au Liban et leurs conséquences au niveau de la politique internationale. C’est évident. Une grande guerre nous menace.
Mais les assassinats « ciblés », la mort de civils innocents, l’interdiction de circuler, les hôpitaux sans médicaments – tout cela continue dans la bande de Gaza. (Hier, 97 morts à Gaza selon Ha’aretz.)
Imaginons-nous l’indignation générale au sujet de ce traitement tout à fait méprisant des populations concernées, si les événements au Liban n’étaient pas là pour les obscurcir ?
Un des explications possibles du comportement très incongru, faible et apparemment sans objectif concret de l’armée israélienne au Liban, ne serait-elle pas un détournement d’attention bien à point de ce qui se passe au sujet des Palestiniens ?

23 juillet 2006

Droit à l'autodéfense - pour le Liban aussi?

"Israel a le droit de se défendre" - c'est ce que dit Bush toujours, lorsqu'il désire garder ses mains propres. Et tout le monde le répète.
Mais, si ce droit existe pour l'Etat d'Israel, n'existe-t-il pas pour le Liban, son gouvernement démocratiquement élu, lorsqu'il s'agit de défendre son infrastructure énergétique, ses stations libres de télévision, etc.?
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